Le lecteur trouvera ci-dessous l’intégralité des textes écrits par leurs auteurs dont de larges extraits ont été publiés dans la Gazette de Cadichon N° 61 du premier trimestre 2026 pages 7 à 10 rubrique « Témoignage ».

À l’occasion de la cérémonie au monument aux morts le 11 novembre 2025, Robert Hernandez et Gill Amet-Dumiot, ont bien voulu retracer le souvenir de leur grand-père Paul Dumiot un des engagés de la Grande Guerre. Ce qui a été l’occasion de faire connaissance de ce valeureux combattant et de son témoignage publié par ses petits fils.

C’était la guerre !!! Il avait 23 ans… témoignage sur Paul Dumiot d’un Poilu charbonnois par ses petits-fils.

Il y avait tout juste un mois qu’il était rentré dans ses foyers après quatre ans de service militaire.

Et puis, ce fut la terrible nouvelle.  » Mobilisation Générale  ». Il fallait revêtir à nouveau l’uniforme mais cette fois-ci, c’était pour des raisons beaucoup plus sérieuses.

C’était la guerre !!! Il avait 23 ans…

Il aurait bien aimé profiter davantage des siens, mais son devoir l’appelait et le grand sens patriotique qui l’animait alors, ne faisait qu’augmenter le courage d’aller en découdre avec les Boches !!!

En ce mois d’août 1914, en quelques jours, toutes les gares de France grouillaient de soldats. Tous prenaient des trains direction le Nord-Est de la France pour aller reconquérir l’Alsace et la Lorraine.

Arrivés sur place, ce furent les premiers combats et déjà des centaines puis des milliers de jeunes hommes perdirent la vie dans les premiers jours.

La « grande faucheuse » commençait sa sordide besogne qui allait durer quatre ans.

L’idéal patriotique qui animait tous ces petits gars, allait en prendre un coup.

Alors, l’idée leur vint, pour se protéger, de creuser des tranchées, et c’est dans ces tranchées que ces hommes, allaient vivre sans doute les heures les plus sombres de leur vie.

Je vais essayer de vous narrer en quelques lignes, ce que notre grand-père et bien d’autres comme lui ont vécu.

J’ai choisi une journée de l’hiver 1916-1917 qui a été, de mémoire, l’hiver le plus froid et le plus pluvieux.

En cet hiver, l’horreur, la peur, la souffrance, le froid, l’humidité, faisaient parti de leur quotidien.

Dans ces tranchées, il n’y avait ni aube, ni soleil !

Seulement une grisaille épaisse, la puanteur de la boue et de la poudre, et le froid qui pénétrait jusqu’aux os.

Les poilus étaient dans leurs abris de fortune, une tranchée creusée à même la terre. Avec l’humidité et la sueur, les vêtements collaient à la peau, la vermine grouillait, les poux dévoraient les cuirs chevelus, des rats gros comme des lapins étaient partout. Certains mordaient les cadavres abandonnés, d’autres cherchaient les quignons de pain oubliés dans les moments de panique.

Les bombardements, les obus, tombaient par salves, soulevant la terre en envoyant des éclats qui fauchaient sans prévenir.

Encore aujourd’hui des hommes qui ne répondront pas à l’appel ! On ne retrouvait parfois que des lambeaux d’uniformes accrochés aux barbelés. La mort ici, n’a pas de visage, elle est partout, sournoise, collante comme la boue.

Le  » jus du matin,  » un café noirâtre, brûlant et amer, descend mal dans les estomacs noués.

Dans la journée, ils mangent vite, entre deux tirs de mitrailleuse, un morceau de pain sec qu’ils trempent dans du vin.

Ils boivent. Ils boivent beaucoup et surtout de la gnôle que leur donnent les gradés pour leur donner du courage et aider à affronter la peur qui glace le sang.

Puis il faut réparer les tranchées effondrées par les pluies et les tirs ennemis, écoper l’eau stagnante, évacuer les latrines qui débordent. L’air est saturé d’une odeur fétide, de sueur, de poudre et de chair en décomposition.

Au loin, les sifflements reprennent. L’artillerie ennemie arrose sans relâche. Chaque sifflement peut être le dernier ?

Les hommes sont plaqués au sol. Certains prient en silence, d’autres hurlent, notre grand-père, pense en pleurant à son Aline chérie. Le sol tremble, les parois s’effondrent. Quand ça cesse, ce n’est que pour laisser place aux assauts.

Alors, ils agrippent leurs fusils, le cœur si lourd qu’il les empêche d’avancer et de respirer.

L’ordre, peut tomber à tout instant.  »A l’assaut !  »

Et là, ils doivent sortir, franchir l’échelle, courir droit devant, dans la boue et dans le sang vers les barbelés, sous le feu des mitrailleuses allemandes qui crachent sans pitié.

Et puis la journée s’étire, interminable. Ils veillent, ils attendent, ils tremblent. Certains écrivent une lettre à leur famille, quelques mots griffonnés entre deux tirs, en pensant à la chaleur d’un foyer, à un repas chaud, à des visages aimés. Les hommes ont les yeux mouillés, mais ils ravalent leurs larmes, ils n’ont plus le temps pour ça. Ils subissent déjà tellement de souffrance.

La nuit tombe enfin, glaciale. Ils ne dorment pas vraiment. Ils grelottent, les chaussures remplies d’eau, le casque enfoncé sur la tête, ils attendent, prêt à bondir si la cloche à gaz retentit. Les cauchemars se confondent avec les éclats d’obus et demain sera identique : un cycle de peur, de boue, de sang et d’attente, jusqu’à ce que la guerre ou la mort, y mette fin.

Voilà en quelques lignes un aperçu de ce que vécurent tant de jeunes hommes à la fleur de l’âge et qu’on appelait les  »Poilus »

Le notre s’appelait Jules Paul Dumiot, c’était notre grand-père.

Après ces quatre années de souffrance, de peur, d’angoisse, d’horreur, il rentra chez lui le corps et le cœur meurtris. Il est revenu mais une part de lui est restée là bas, ensevelie sous les décombres de ce chaos inhumain.

Malheureusement, malgré l’horreur, la souffrance, beaucoup d’entre eux n’eurent pas la chance de revenir vivants de cette boucherie.

Il fallait donc, s’estimer heureux.

Il retrouva les siens et sa femme chérie, Aline et le miracle de la vie se produisit.

Après l’ombre, la lumière revient toujours !

Après le chaos, la vie retrouve un chemin !

Chaque respiration est une victoire, chaque sourire est comme une résurrection.

Le goût de vivre n’est pas perdu, il dort simplement en lui et doucement, il se réveillera et cette renaissance, ce havre de paix, il le trouvera à Charbonnières les Bains.

Charbonnières-les-Bains où il eu la chance où il exerça différentes fonctions pendant de longues années.

Employé modèle, il avait acquit l’estime et le respect de tous ceux qui l’on connu, ce qui le conduisit tout naturellement à se présenter aux élections municipales de novembre 1949, animé par le désir profond de contribuer encore davantage à la vie collective de la commune.

Il fut élu comme conseiller municipal dans la liste de Messieurs Paday, Nexon, Mme Beckensteiner, Messieurs Deydier, Falcon, Quenin, Bourgeay, Lafoy, Tabard, Ranjard, Mme Lagneau.

Enfin, il eu l’opportunité d’entrer au service du Casino de Charbonnières où il fut employé avec son épouse, sous la direction d’André Bassinet où il terminera sa vie professionnelle.

Il est décédé à l’hôpital militaire Desgenettes à Lyon en 1970, suite à de graves troubles respiratoires dus à l’emphysème, maladie qu’il avait contractée dans les tranchées en respirant les terribles gaz moutarde.

Robert Hernandez et Gill Amet-Dumiot

Le 11 novembre 2025 il a été interviewé par BFM Lyon pendant 15 mn sur l’ouvrage de son grand-père. Le texte ci-dessus a été lu lors de la cérémonie au monument de Charbonnières-les-Bains.

Paul Dumiot, un poilu charbonnois, par Robert Roux.

Paul Dumiot tint un journal sur des cahiers d’écoliers pour raconter sa vie dans les tranchées. Cinquante ans plus tard, à près de 70 ans, il redécouvre ses vieux cahiers d’écoliers sur lesquels il couchait ses sentiments et ses ressentis tout au fond de ces tranchées puantes. Il décide alors de mettre tout cela en ordre et réécrit un manuscrit de ses aventures pour laisser quelque chose à sa famille. Il décède et son manuscrit est alors oublié. Cinquante ans plus tard, Gill Amet-Dumiot, son petit fils, tombe, par hasard, sur ce manuscrit perdu et décide de le faire publier, pour honorer la mémoire de son grand-père, son héros !

Robert Roux, rédacteur de notre association a bien voulu, après la lecture de l’ouvrage, en tirer un article sur une partie.

Jules Dumiot, prénommé usuellement Paul, tint un journal sur des bouts de papier et quelques petits carnets qu’il avait griffonnés pour raconter sa vie durant la Première Guerre mondiale. A près de 70 ans, il redécouvre ses textes et décide de mettre tout cela en ordre pour laisser quelque chose à sa famille. Il décède et son manuscrit est oublié. Cinquante ans plus tard, Gill Amet-Dumiot tombe, par hasard, sur ce manuscrit perdu et, pour honorer la mémoire de son grand-père, décide de le faire publier sous le titre : Mes tranchées de 1914-1918 et mes 20 ans.

Paul Dumiot voit le jour le 15 juillet 1891 à Paris 18ème, 3 rue du ruisseau, au nord de la butte de Montmartre. Son enfance se déroule à Besançon, au moins jusqu’au certificat d’étude. A 18 ans, il s’engage pour 3 ans dans le 27e régiment d’infanterie basé à Dijon. En cours de contrat, il le prolonge d’un an avec affectation dans le 1er bataillon de chasseurs, unité dans laquelle il est promu caporal le 2 janvier 1913, puis sergent le 2 juin 1913.

Renvoyé dans ses foyers le 21 novembre 1913, à 23 ans, il emménage à Villeurbanne.

En 1935, Paul Dumiot, son épouse Aline et leurs trois enfants s’installent à Charbonnières-les-Bains, dans le quartier du Chapoly. Quatorze ans plus tard, il est élu conseiller municipal sur la liste de Robert Perrier. Il exercera à la mairie de Charbonnières et au Casino de Charbonnières.

Son décès survient le 25 février 1970, alors qu’il est domicilié à Villeurbanne.

Huit mois après avoir retrouvé la vie civile, le dimanche 2 août 1914, il retourne à Besançon pour endosser l’uniforme du 5e bataillon de chasseurs.

Le matin de ce jour, je me trouve en gare des Brotteaux où un premier train militaire se forme, direction Belfort. Le quai est envahi par une foule innombrable de parents ou d’amis. Certains couples, mains réunies, se regardent silencieusement, n’osant parler de crainte de trahir par des sanglots leur cœur trop lourd. Sous cette immense verrière, seul vers l’entrée d’un bureau, j’observe cette foule qui, diminuée de moitié dans quelques instants, va se retrouver désemparée, tristement silencieuse, un mouchoir à la main pour un dernier signal, dans un dernier adieu.

Durant un mois, à Besançon, période consacrée à des marches et des exercices avec armement, il s’attend à rejoindre Alsace. Mais le 2 septembre 1914 au matin, le sergent-major Paul Dumiot et ses compagnons montent dans un train qui les débarquent en pleine nuit, au bord de l’Oise.

Formés en colonne, encore mal réveillés, nous avançons sur l’accotement d’une route étroite. Les hommes fatigués par le manque de sommeil et aussi par le « barda » qu’ils portent sur le dos, autour de la taille et le « flingot » à l’épaule, se laissent tomber sur le sol à chaque arrêt et s’endorment aussitôt pour repartir l’instant d’après. Cette marche irrégulière est harassante, exténuante. Au loin, on entend les canons qui tonnent sans interruption donnant l’illusion du grondement d’un orage lointain.

Paul Dumiot et sa section sont alors intégrés au 45e bataillon de chasseurs qui vient de subir d’importantes pertes.

À mesure que nous avançons, les obus allemands semblent venir à notre rencontre. De-ci, de-là, des « percutants » éclatent au sol, soulevant un petit nuage de poussière et projettent leur mitraille dans un large rayon. Les routes sont particulièrement balayées ; nous abandonnons la nôtre et nous nous défilons à travers champs, profitant des moindres haies et bosquets pour nous dissimuler, car des ballons d’observation reliés à l’artillerie ennemie signalent l’emplacement des troupes. Jusqu’à présent, on « entendait » la guerre. Maintenant on commence à la voir de près. Des chevaux morts, le ventre gonflé, énorme, répandent une odeur fétide, insupportable. Quelques kilomètres plus loin, nous faisons halte à l’abri d’un petit bois. Quand nous repartons, le soleil, avant son déclin, est encore très chaud et la poussière que soulève le vent vient se coller sur nos visages trempés de sueur. Affublés de nos grossiers vêtements de drap, nous sommes mal à l’aise et cuisons dans un bain de vapeur. La marche se fait pénible et la colonne s’allonge du fait des traînards.

Un moment plus tard, la section de Paul Dumiot se trouve à proximité des soldats ennemis. Subitement il reçoit l’ordre : « Baïonnettes au canon ». Tandis que les hommes fixent leur baïonnette au bout de leur fusil, les sabres sortent de leur fourreau et les révolvers de leur étui, chacun se prépare à l’attaque. Mais n’est-ce pas un tour de force à accomplir avec la peur qui vous colle à la peau, le souffle qui vous manque et les camarades de combat qui, à vos côtés, tombent comme des quilles au cours de l’assaut ? Trois cents mètres à franchir en terrain découvert et au pas de course, au cri de : « En avant à la baïonnette ! », avec 10 ou 12 kilos accrochés dans le dos des petits gars et, au bout des bras, le fusil et sa baïonnette ne pesant pas moins de 5 kilos ! Avec cela, le harnachement habituel du troupier combattant : cartouchières garnies fixées au ceinturon, musette, bidon, et pour compléter, emprisonnés dans ces vêtements de drap grossier qu’enserrent des courroies de cuir, tout autour du corps.

Sur toute la ligne de départ, les hommes allongés à terre, la main crispée à la crosse de leur fusil sont prêts à bondir, le cœur un peu plus tumultueux qu’à l’ordinaire. Puis, en quelques secondes, c’est le défilé éclair de nos êtres chers que, peut-être, on va quitter à jamais dans la minute qui va suivre.

Un commandement a retenti : « En avant, en avant à la baïonnette ! ». Sur un front d’un kilomètre, un millier d’hommes se précipitent à la rencontre d’autres hommes appelés « ennemis » parce que ni leur langage, ni leurs uniformes ne sont semblables aux nôtres ! Dans un bel élan de courage et d’impétuosité, les chasseurs derrière moi se sont élancés, le cœur vaillant, le fusil haut durant les premiers cent mètres, mais 300 mètres dans ces conditions aussi stupides qu’inhumaines, c’était trop demander sous le feu meurtrier des mitrailleuses ennemies qui balayaient sans interruption toute le ligne d’attaque. Voir les copains tomber tués ou blessés, l’épuisement, la peur, ont ralenti le bel élan du départ. Et enfin, l’instinct de la conservation domine chez certains qui ne savent ou ne peuvent y échapper et alors, interrompant leur course, ils se laissent tomber derrière ces gerbes qui les dissimulent peut-être, mais qui ne sont pas des abris protecteurs. Les mitrailleuses allemandes, légèrement enterrées, tiraient très bas et les balles rasant le sol atteignaient les gars tapis derrière ces gerbes.

Mais voici que mon tour arrive… La balle qui doit m’atteindre dans ma course vient de partir à l’instant précis, tel que le destin l’avait décidé. Mais au lieu de m’arriver la pointe en avant, elle a voulu faire un petit détour, en allant buter d’abord sur un caillou, pour m’arriver déformée dans les cuisses, légèrement au-dessus des genoux, rendant ainsi plus grave la blessure. Douloureux sur le moment ? Non, pas tellement, les os n’étant pas touchés. Un coup de baguette très sec ou une pique m’aurait produit la même sensation. Arrêté net dans ma course par ce coup de fouet, je me souviens être tombé la face contre terre. Après il y a un petit vide dans mes souvenirs et j’ai dû perdre connaissance quelques minutes avant de me retrouver sur le dos. J’ai dû faire un ou deux « tonneaux ».

En revenant à moi, je me suis d’abord demandé ce qui m’était arrivé. Mais la douleur, au moindre mouvement de mes jambes, m’en fit comprendre l’impossibilité. Portant mes mains à la hauteur de mes blessures, je me rends compte que les deux jambes de mon pantalon sont complètement imbibées de sang. Sans bouger, la souffrance est supportable mais pas question de remuer même les pieds, car la douleur alors est vive à faire crier.

Comme celle de ses hommes, également blessés à Puissieux, dans le département de la Marne, l’évacuation de Paul Dumiot sur un hôpital de campagne s’avère très longue. Dans son cas, 48 heures s’écoulent avant de bénéficier de véritables soins. Transféré dans l’Hôpital de Rennes, il est opéré plusieurs fois pour ligaturer les plaies, puis extraire la balle. Le 24 octobre 1914, Paul Dumiot est transféré dans un hôpital de Villeurbanne.

Après avoir connu le temps de la guerre des mouvements, à l’issue d’une longue période de convalescence, il découvre, en 1916, la guerre de tranchées à Verdun.

A la fin de l’ouvrage, dont sont extraits ces témoignages poignants, Paul Dumiot écrit : Mais cette histoire de Verdun, si fertile en horreurs où j’ai souffert mille misères, mitraille nuit et jour, le froid, la faim, la fatigue jusqu’à l’épuisement, la vermine et la peur, fut la deuxième partie de « ma guerre ».

Robert Roux

A l’occasion de nos Portes Ouvertes du 21 Novembre, souvenirs de jeunesse de notre invité d’honneur, Gill Amet-Dumiot « des années bonheur à Charbonnières-les-Bains! »

Je suis né le 25 avril 1951 à l’hôpital St Joseph à Lyon 3ème. J’habitais à Tassin. Mes grands-parents résidaient au Casino de Charbonnières dans la petite maison entre la voie ferrée et le Casino. Maman, venait m’y déposer avant de repartir travailler à Lyon  » chez Goyen ». Elle venait à pied le long de la voix ferrée et repartait avec le train de St Paul.

J’ai donc appris à marcher dans les salons du Casino, où tout le monde me connaissait. J’allais dans les cuisines ou dans la pâtisserie. ! Et si quelqu’un se posait des questions, on lui répondait : « c’est Gilou, le petit d’Aline et Paul Dumiot ». J’étais devenu la petite mascotte du Casino…

Lorsque je su monter les escaliers, j’allais jusqu’à me réfugier dans le bureau du directeur de l’époque Mr Bassinet Et je passait de longues heures avec mon langage d’enfant à lui expliquer avec de grands dessins en couleurs de futurs plans du Casino, ou d’autres choses…il avait une patience d’ange avec moi. Puis mon petit frère Alain est né. Maman nous emmenait, moi sur son dos et Alain sur son ventre, le long de la voie ferrée jusqu’au Casino.

Ma grand-mère Aline était habilleuse de mannequins et de vedettes de l’époque qui venaient se produire au Casino…

Et j’ai des souvenirs encore de leurs parfums, dans les bras d’Édith Piaf, de Joséphine Baker, De Ludmilla Tcherina danseuse à l’Opéra Garnier de Paris…

J’ai le souvenir de ma grand-mère disant à Ludmilla « Je vous ai repassé votre fraise* je l’ai posée là. » Et Ludmilla de lui répondre « c’est gentil ma brave Aline mais ce n’est pas ma fraise, c’est mon serre-taille ! »

J’ai souvenir de quelques noms qui me reviennent en mémoire, mais je ne me souviens plus de qui est qui ? Mathilde, qui était très proche de ma grand-mère ; Madame Beurrier, Marguerite Paday, la famille Pitavy de Méginant. J’y suis resté jusqu’a mes 5 ans.

Puis quelques années plus tard, je suis revenu à Charbonnières de 10 à 14 ans, en pension chez Mr Loffi, derrière la mairie. J’y passait la semaine et le week-end je revenais chez ma deuxième grand-mère Georgette, chemin de la Nouvelle source.. C’était une pension a la dure, avec des horaires, la toilette à l’eau glacée, une petite structure une seule classe séparée en son centre par une cloison, avec une porte vitrée et un trou pour le poêle qui, ainsi, chauffait les deux classes.

Nous avions droit le mercredi à regarder « La séquence du jeune spectateur » durant le repas qui devait être pris en silence. À 16 heures, nous avions droit à un goûter, mais c’était chaque famille qui nous donnait de quoi avoir un bon ou un médiocre goûter. Chacun devait amener sa boite à goûter que nous déposions dans un grand placard fermé à clefs.

La mienne étant toujours pleine à ras bord, tube de lait condensé, tube de crème de marron, de chocolats, biscuits et des tas de bonbons de chez Dulaquet.

J’ai adoré aussi cette époque de préadolescence chez Mamy Georgette où j’étais gâté, pourri. Mamy était couturière. Je voyais beaucoup de monde passer pour essayer leurs robes commandées. Un camion du laitier venait jusque là, pour livrer le lait, des fromages blanc et de la bonne crème de couleur un peu jaune…. Dans la vallée en face, j’y ai construit des tas de cabanes, enterré tous les oiseaux et autres bestioles… Nous allions manger parfois chez une amie couturière Russe au fort accent.

Voilà en quelques lignes ma petite enfance à Charbonnières, j’ai oublié sans doute des tas de choses, mais il y a si longtemps…

Merci de m’avoir écouté. Ce furent pour moi des années bonheur à Charbonnières !

Paul Dumiot, résidant plus tard au Chapoly, a été élu en 1949 en même temps que Robert Perrier, à l’occasion d’élections partielles provoquées en particulier par la disparition de Paul Chantreuil- Bernard Paday sera ensuite élu maire.

Auteur et comédien Gill a également édité la pièce Entre Larmes et Lumières. Les deux ouvrages sont disponibles dans notre bibliothèque. Et peuvent être achetés à Helloeditions.fr

* ornement vestimentaire : sorte de col plissé et empesé porté autour du cou.